Comment débuter une démarche de simplicité volontaire ?
Le 16/03/10 par cyrill.e
Interview de Dominique Boisvert*
Comment débuter une démarche de simplicité volontaire ?
D’une manière, la simplicité volontaire (SV) peut avoir un commencement mais elle n’a pas de fin. Il s’agit d’un cheminement personnalisé, chacun n’ayant pas les mêmes objectifs ou priorités (santé, argent, travail, environnement, justice sociale, spiritualité, etc.) et ne partant pas du même point de départ (citadin ou rural, célibataire ou marié, avec ou sans enfants, jeune ou vieux, etc.). Mais dans tous les cas, la SV démarre souvent comme avec une pelote de laine: en choisissant l’un des nombreux brins qui dépassent, ce qui conduit inévitablement, de fil en aiguille (c’est le cas de le dire!) à tout le reste.
Absolument n’importe qui peut pratiquer la SV! Pas besoin de compétences spéciales, d’attendre un groupe ou des consignes : tout le monde peut commencer par un petit geste dans sa vie quotidienne. Comme se demander, à chaque achat, si j’en ai vraiment besoin. Ou manger un repas de viande de moins par semaine. Ou prendre davantage le transport en commun ou le covoiturage plutôt que « l’auto-solo ». Ou décider de regarder moins de télévision ou de passer moins de temps devant son écran d’ordinateur. Ou se garder régulièrement un moment pour vérifier si sa vie correspond vraiment à ce qu’on s’est donné comme priorité. Autant de gestes qui vont changer des choses concrètes, aiguiser la conscience et faire découvrir d’autres aspects de la vie qu’on peut avoir le goût de simplifier ou de corriger.
Quelles sont les premières actions simples qui permettent d’entamer une démarche de simplicité volontaire ?
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Sur le plan social
La SV privilégie l’intérêt collectif plutôt que les seuls intérêts individuels. Car elle se pratique beaucoup plus facilement par la mise en commun des ressources disponibles (au lieu d’avoir chacun besoin de se procurer tout). La SV va clairement à l’encontre de l’économie dominante qui cherche à satisfaire les besoins individualisés de chacun, ce qui permet de maximiser les ventes mais contribue, de façon décisive, à disloquer le tissu social.
Parmi les gestes simples qui recréent et renforcent le lien social, signalons :
- partager des outils
- organiser des rencontres de voisinage
- oser demander des services
- mettre en commun des ressources
- favoriser des activités communes plutôt que chacun de son côté (écoute collective d’émissions, fêtes de quartier, etc.)
- travailler à développer des services collectifs (covoiturage, bibliothèque, etc.)
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Sur le plan environnemental
La SV promeut la réduction de notre empreinte écologique (la quantité de ressources de la planète que chacun utilise pour alimenter son mode de vie), réduction d’autant plus urgente et incontournable que pour que tous les humains puissent vivre comme nous, il nous faudrait les ressources de 4 ou 5 planètes Terre alors que nous n’en avons qu’une ! Pour rendre l’image plus parlante, comparons la planète à un grand buffet où chacun est libre de se « servir à volonté » : qu’est-ce que je choisis de mettre dans mon assiette (par mes multiples choix quotidiens : alimentation, vêtements, chauffage, consommation, transport, etc.) ? En nous rappelant que tout ce que je mets dans mon assiette n’est plus disponible pour ceux et celles qui me suivent. Et que par un « heureux hasard » de l’histoire, nous sommes à la tête de la longue file d’attente et nous servons en premier : que laissons-nous pour les derniers ?
Parmi les gestes simples qui respectent et protègent l’environnement, signalons :
- économiser l’eau (sous toutes ses formes)
- réduire les déplacements qui ne sont pas essentiels
- collectiviser le plus possible nos transports
- faire réparer vêtements, meubles, appareils électroniques, etc. plutôt que d’en acheter des neufs (et faire pression pour que les nouveaux produits soient réparables au lieu d’être jetables)
- réduire notre consommation de viande d’un ou deux repas par semaine
- nous demander, avant chaque achat de bien ou service, si nous en avons vraiment besoin
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Sur le plan économique
L’économie dominante repose essentiellement sur une croissance illimitée de la consommation : toute stagnation ou réduction de celle-ci entraîne, dans notre système économique, une crise (récession, baisse de la « valeur » des entreprises, chômage, etc.). Mais peut-être faut-il justement re-découvrir les deux sens du mot « crise » : risque et opportunité. Et accepter le risque pour en faire une opportunité : celle de remettre l’économie au service des humains et de leurs besoins (et non pas de leurs désirs, toujours insatiables, comme le rappelait Aristote il y a 2500 ans) plutôt qu’au service du capital. Oui, la SV contredit non pas l’économie mais la logique actuelle de l’économie. Oui, une société de SV serait fort différente de celle que nous connaissons. Oui, cela demanderait forcément une période importante de transition pour atténuer les difficultés, individuelles et collectives, qu’impliquerait un tel changement. Mais tout cela est incontournable si l’humanité doit survivre, car l’économie du « toujours plus » et du « chacun pour soi » ne peut conduire qu’à des culs-de-sac toujours plus dramatiques et prochains, tant sur le plan économique, qu’environnemental, social et humain.
Parmi les gestes simples qui préparent une économie différente, signalons :
- réduire ses besoins financiers pour réduire sa dépendance au travail rémunéré, au temps supplémentaire ou même l’acceptation de conditions de travail répréhensibles
- privilégier les échanges de services et la circulation des biens en dehors des circuits économiques traditionnels (monnaies locales, troc, etc.)
- favoriser l’économie de proximité (achat local, petits commerçants au lieu des grandes surfaces, réparer au lieu d’acheter du neuf, etc.)
- appuyer le développement d’une « économie sociale » (coopératives, services aux personnes, reconnaissance sociale de l’implication bénévole, etc.)
- re-valoriser la pratique de la « dîme » (ou du don en général) où une personne accepte de partager une part substantielle de ses revenus (dîme = 10%) avec des groupes ou des individus qui travaillent à une société différente ou qui sont dans le besoin (également dans le même sens, apprendre à partager son « héritage » de son vivant, pendant que nos héritiers en ont le plus besoin, au lieu de réserver le partage pour après son décès)
- re-découvrir le bonheur des petites choses, de la beauté, de l’amitié, de tout ce qui est gratuit ; et ré-apprendre à goûter, à apprécier et à être reconnaissant pour tout ce la vie nous donne au lieu d’être amer ou déçu de tout ce que nous aurions désiré et que nous n’avons pas encore.
Bref, selon le mot de Duane Elgin qui a relancé le concept au début des années 80, la SV c’est « une manière de vivre qui est extérieurement plus simple et intérieurement plus riche » (Voluntary simplicity, 1981) ou, comme le rappelait Gandhi (qui a inspiré Richard Gregg, celui qui a inventé l’expression SV en 1936), « vivre plus simplement pour que les autres puissent simplement vivre ».
*Dominique Boisvert est membre fondateur du Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV) et auteur du livre « L’ABC de la simplicité volontaire » (Éditions Écosociété, 2005). Pour plus d’informations, consultez le site internet et le nouveau blogue du RQSV au www.simplicitevolontaire.org
A lire également : Qu’est-ce que la simplicité volontaire ?
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Merci.
Ma famille vit cela depuis une dizaine d’années. Nous avions pu mettere un nom sur notre choix de vie selon uun article paru dans la revue "l’écologiste". Il parlait déjà de vous.
Merci encore.
Nous y avons gagné tant de joies, de satisfactions et de sérénité.
Laurent
Bonjour Hamann,
seriez-vous d’accord pour nous en dire un peu plus sur la manière dont vous avez pu mettre en place ce mode de vie au quotidien ?
Quelles actions avez-vous pu mettre en place sur le plan alimentaires (participation à une Amap…), sur le plan énergétique (isolation, solaire, chauffage au bois), sur le plan social (voisinage, participation à la vie associative amap….) ?
Comment et pourquoi avec vous fait ces choix ?
Nous appliquons déjà la plupart de ces actions.
Je découvre la simplicité volontaire et cela correspond bien à notre philosophie de vie. J’ai envie d’en savoir plus sur le sujet , je cours visiter le site…
Bonjour Cécilia,
même question qu’à Haman, si vous souhaitez nous en dire plus, n’hesitez pas à nous laisser un petit commentaire.
Bonjour Cyrille,
Sur le plan alimentaire, nous avons fortement limité notre consommation de viande et cela finalement, beaucoup plus facilement que je l’imaginais. Tout le monde (mon mari et mes enfants) s’y sont très bien adaptés, nous achetons nos fruits, légumes et fromages auprès de producteurs locaux, sur les marchés de nos villages. Il n’y a pas d’AMAP proche de chez nous pour le moment.
Se demander à chaque achat si c’est vraiment indispensable, emprunter et prêter à notre entourage proche plutôt qu’acheter, pratiquer le covoiturage pour les courses…
Nous rénovons notre maison avec des matériaux écologiques et nous avons installé des mitigeurs sur nos robinets,une pompe à chaleur pour le chauffage et des panneaux solaires…
Nous pratiquons aussi le compostage "collectif" et surtout le "fait-maison".
Etre ensemble est notre priorité.
Nous aimerions développer la vie associative, les services collectifs… et pourquoi pas justement participer à la création d’une AMAP dans nos villages…
Voilà qui résume un peu notre conception de la Simplicité Volontaire.
Bonne journée,
Cécilia
Bonjour Cécilia,
merci beaucoup d’avoir pris le temps de me répondre. Comment avez vous réussi à remplacer votre consommation de viande ?
De mon coté, j’ai aussi commencé à diminuer ma consommation. Je mange plus souvent du tofu, des légumineuses, des oeufs. J’avoue aussi consommer un plus de fromage…
Il me semble qu’acheter des légumes au marché, c’est un peu comme acheter des légumes dans le cadre d’une Amap. Pour finir, cela permet d’avoir des produits locaux, cela crée des liens directs entre les consommateurs et les producteurs et je pense que l’agriculteur vend ses produits à des prix un peu plus décents que s’ils les vendaient à des centrales d’achat de la grande distribution.
Quelle type d’isolant avez-vous choisi ?
Qu’est-ce que le compostage collectif ?
Pour le reste, il me semble que c’est la bonne voie pour notre société, essayer de recréer du lien et remettre l’homme au centre de la société. En animant ce site et au fil des messages que je peux lire ou recevoir, j’ai l’impression que de plus en plus de personnes souhaitent prendre ce chemin là.
Bonjour,
Pour ce qui est de la viande, nous l’avons remplaçée aussi par les légumineuses, les oeufs et un peu plus de poisson.
Mais nos repas sont souvent constitués seulement de légumes et féculents.
Nous avons choisi le chanvre pour l’isolation de notre maison, nous avons fait nos peintures nous mêmes, nous avons installés portes et fenêtres en bois..
Merci Cécilia pour ces informations. Quand vous dites que vous avez réalisé vos peintures vous même, vous avez utilisé de la chaux ?
Oui, de la chaux, des pigments, de l’eau et du sel d’alun
Ok, merci, il paraît que la chaux permet d’avoir une maison très saine (respiration murs). Par contre, à quoi servent les sels d’alun ?
Le sel d’alun permet de fixer la couleur.
Merci pour cette information.
Nous sommes aussi des adeptes de la simplicité volontaire ! J’ai découvert ce mode de vie il y a plus de 2 ans et nous nous y sommes mis petit à petit et chaque jour nous en faisons un peu plus et je dois dire que ce système de vie nous convient très bien !
Cher Dominique,merci pour cette information.Votr article sur la simplicité volontaire me ,motive pour essayer cette démarche.Amitiés des Boisvert du sud ouest de la france