Parcours de soins optiques : les acteurs privés se structurent

Le 19/02/15 par CMercier

Le parcours des soins optiques, en raison de ses carences, est l’un des plus contraignants pour les patients français. Il est donc, également, l’un des plus débattus. Quelles pistes les professionnels de santé qui le composent envisagent-ils pour faire face à ses carences ?

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L’accès aux soins de la vue en France est une question épineuse. La réforme en préparation concernant le plafonnement des remboursements des lunettes de vue par la Sécurité sociale n’a fait que le confirmer. Pour les patients, un problème de vue est souvent synonyme de prise de rendez-vous fastidieuse avec un spécialiste et de dépenses aussi onéreuses qu’imprévues. Soucieux d’améliorer le parcours de soin, les acteurs de cette filière de santé ont dû, au cours des dernières années, repenser leur organisation. Les assurances complémentaires et les opticiens concourent à cet effort, mais c’est bien entendu à l’égard des « ophtalmos » que l’attente des patients est la plus forte.

Opticien et assurances complémentaires misent sur la souplesse

Du côté des assurances santé complémentaires, on décline les prestations et niveaux de couverture pour coller au plus près des besoins des patients. Cette politique conduit certaines assurances à proposer des contrats sur mesure. Dans le cadre des contrats collectifs à venir, la Mutuelle Générale de l’Education Nationale a ainsi été parmi les premières mutuelles à proposer des contrats incluant des accords spécifiques avec des professionnels de l’optique. « L’accent sera également mis sur les tarifs des soins. Dans le but de réduire ces derniers, des accords seront sans doute passés avec des professionnels (notamment dans le domaine de l’optique) », explique à son sujet le site MutuelleLand.com.

La prise en charge du ticket modérateur peut ainsi varier considérablement selon le type de garantie souscrite par l’assuré. « À 100 %, elle prend en charge les 30 % restant du tarif conventionné pour une consultation. […] Elle peut s’élever à 200 %, 400 %, 600 %, etc », commente News-Assurances.com. La garantie en pourcentage n’est en outre pas la seule prestation proposée par les complémentaires. Beaucoup proposent aussi des forfaits optiques annuels qui couvrent les dépenses en soins de la vue occasionnées au cours d’une année et dans la limite d’un plafond préalablement défini. MMA, Santiane, Myriade, Acoris ou encore Vitavi… De nombreuses mutuelles proposent ce type de prestations. « Les mutuelles prévoient le plus souvent en matière d’optique, mais aussi dans d’autres domaines, des forfaits annuels dont le montant varie en fonction des garanties souscrites et des cotisations assumées. Quelques mutuelles ont des formules plus originales que d’autres. Elles prévoient par exemple une augmentation du forfait, au fur et à mesure des années de présence, en récompensant votre fidélité », explique le site du Figaro. Cette formule remportant la préférence des assurés est désormais largement proposée par les assureurs complémentaires.

Chez les opticiens, c’est la proximité et l’efficacité du service qui entrent en ligne de mire. Beaucoup d’entreprises ont parié sur l’opportunité qu’offrait la libéralisation de la vente en ligne. Mais toutes les enseignes ne partagent pas ce point de vue. L’ouverture d’une boutique en ligne n’a ainsi pas dissuadé Optic 2000 de maintenir son réseau de boutiques pour des besoins de suivi et de qualité de service. Dans la politique de développement de l’enseigne coopérative aux 1200 points de vente en France, chaque français doit pouvoir trouver un magasin Optic 2000 à moins de 15 minutes de chez lui. En outre, cette proximité  est indissociable d’une professionnalisation croissante des opticiens du réseau, qui s’est lancé dans une démarche de certification « Qualité en Optique » délivrée par l’AFNOR, comme le détaille Yves Guénin, secrétaire général d’Optic 2000 : « La certification AFNOR nous permet de nous affirmer comme un interlocuteur et un partenaire privilégié des professionnels de santé, au premier rang desquels les ophtalmologistes. Cette certification nous permettra d’envisager à terme la délégation de tâches. »

En revanche, il est bien plus compliqué de consulter un ophtalmologiste. Car c’est bien du côté des spécialistes que les patients en quête de soin de la vision éprouvent le plus de difficultés à obtenir un rendez-vous. Au même titre que d’autres spécialités comme la gynécologie, l’ophtalmologie est l’une des spécialités les moins représentées dans le corps médical français. Cette pénurie chronique de spécialistes des soins de la vue explique la longueur des files d’attente pour obtenir un rendez-vous chez l’ophtalmologiste ; étape pourtant incontournable pour se faire prescrire une paire de lunettes, de lentilles, et tout autre soin dans des conditions éligibles aux remboursements prévues par la Sécurité sociale. À défaut de pouvoir se démultiplier, les médecins spécialistes sont donc eux aussi en quête de nouvelles pistes d’organisation du parcours de soins.

Les ophtalmologistes et la disponibilité

De plus en plus, les médecins spécialistes de la vue s’organisent de manière à faciliter le cheminement des patients en quête de soin de la vue. Ainsi, deux médecins ophtalmologistes briochins ont-ils milité pour l’ouverture d’un cabinet spécialisé à Plérin dans les Côtes-d’Armor. Ce projet a finalement obtenu le soutien des pouvoirs publics, et quatre ophtalmologistes pourront accueillir jusqu’à 300 patients par jour dans ce cabinet de 600 mètres carrés qui doit ouvrir à la mi-2015. L’avantage de ce type d’organisation ? Les urgences sont mieux traitées, et les temps d’attente légèrement réduits du fait d’une meilleure mise en adéquation des demandes de soins et des agendas de chaque médecin. Le regroupement géographique est donc une piste d’amélioration d’accès aux soins qui suscite l’intérêt de bien des professionnels et responsables de collectivités territoriales.

Cette solution permet aux patients de bénéficier plus facilement d’une meilleure offre de soin. C’est la raison pour laquelle elle tend à se développer notamment pour pallier certaines carences territoriales. En Mayenne par exemple, un projet de maison médicale a été lancé avec le concours de la communauté de communes du Pays de Mayenne. L’édifice devrait également voir le jour en 2015, après quasiment 8 ans de concertation avec les médecins. « Nous savions que le Nord-Mayenne connaissait une diminution de sa démographie médicale », expliquent deux médecins généralistes pour expliquer ce qui les a poussés à s’engager dans ce projet. Derrière cette considération se cache notamment « l’espoir de revoir un ophtalmo, spécialité absente du Nord-Mayenne » en dépit d’une population de 100 000 habitants.assurancs, mutuelles, AFNOR

En organisant mieux les ressources médicales disponibles, les professions de santé et spécialistes de la vue améliorent les conditions d’accès au soin des patients. Avec le concours des acteurs tels que les complémentaires santé et les opticiens, le système de santé français est globalement fonctionnel et efficace, mais il n’est pas totalement efficient. Car au départ du parcours de soin, du côté de l’offre médicale, les dysfonctionnements demeurent importants, du point de vue du patient tout particulièrement. On ne peut donc que se questionner sur ce qui maintient aussi bas depuis tant d’années le nombre d’ophtalmologistes. Mais c’est un autre débat.

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