Un prix juste pour le producteur, qu'est-ce que c'est?

Le 13/05/08 par Isabelle
« Comment peut-on être sûr que l’argent leur revient? » m’a récemment demandé une visiteuse de mon site (www.lapachamama.eu).
Vaste question qui mérite toute notre attention et ouvre un débat passionnant.

Je dirais en premier lieu qu’il faut bien choisir ses fournisseurs. Des gens engagés dans une démarche alternative, réellement préoccupés par les inégalités Nord-Sud, et qui, souvent, ont mis sur pied leur organisation dans le seul but d’améliorer les conditions de vie au Sud, et pas de faire du profit, inspirent la plus grande confiance.

Bien sûr, il y a aussi ceux qui ont plongé dans la filière équitable parce qu’ils ont bien compris que c’est un créneau porteur, et surtout, en pleine croissance. Ceux qui cherchent à faire plus de profit grâce au commerce équitable. Les rejeter? Non, je ne pense pas. S’ils s’astreignent, pour certaines marchandises, aux critères d’un label tel que Max Havelaar, par exemple, cela pourra rendre un peu de dignité aux producteurs du Sud, qu’elle que soit la raison qui en est à l’origine: une tonne de café équitable achetée par une grande surface, c’est déjà mieux que zéro. D’où, encore une fois, l’importance du rôle du consommateur, qui définit par ses choix les priorités des distributeurs.

L’organisation Transparent Trade exige de ses membres une transparence comptable totale. Le découpage du prix des produits de leurs membres doit être publié sur le site. La Pachamama y consacre une page sur son site. L’analyse de ces prix offre une belle perspective d’explication.

En effet, comment comprendre qu’un vêtement acheté 20€ en magasin soit équitable quand seulement 3€ en reviennent à la production? Le découpage du prix montre les coûts de transport, de douane, de TVA, de salaires des employés en Europe, etc… Autant de paramètres qui, à chaque étape, font gonfler le prix d’achat final.

Toujours est-il que, même si le producteur a 3€ en poche pour une pièce vendue, la marge de la boutique est de 7,8€, soit plus du double. Ceci s’explique par les différences de coût de la vie entre les pays du Nord et les pays du Sud. 3€ donnent un niveau de vie correct au producteur, et 7,8€ donnent un niveau de vie correct au revendeur (n’oublions pas que chacun a lui aussi ses propres coûts).

D’aucuns disent, sans avoir tort, que le commerce ne sera vraiment équitable lorsque les producteurs du Sud auront le même pouvoir d’achat que les revendeurs du Nord. Bien sûr! Mais le commerce équitable lui permet au moins de subvenir aux besoins de sa famille, d’envoyer ses enfants à l’école et de les conduire chez le médecin s’ils sont malades.

Il faut aussi rester prudent à ce sujet. Je me souviens d’un reportage sur une fabrique de sacs équitables en Afrique du Sud. Une employée acceptait d’être filmée chez elle. Son salaire avait beaucoup amélioré sa qualité de vie, mais elle tenait à rester dans le bidonville où elle avait toujours vécu, près de sa famille et de ses amis. Déménager l’aurait déracinée. Or, grâce à son salaire, elle avait pu se permettre d’acquérir plusieurs appareils électroménagers tels que frigo, télévision,… et, depuis lors, se faisait régulièrement cambrioler, parfois avec violence. Il faut être très attentif à maintenir un équilibre entre l’amélioration du niveau de vie des plus pauvres et leur bien-être, ce qui est extrêmement complexe.

Une autre de ces employées, en revanche, devait parcourir cent kilomètres pour arriver à son lieu de travail, et vivait toute la semaine loin de ses enfants. Sa vie était donc difficile, mais elle en était heureuse: ce travail lui avait permis d’éviter de se retrouver à la rue, elle et sa famille. Une solution qui serait imparfaite aux yeux d’un Occidental ne l’est pas forcément pour la personne qui en bénéficie.

« Mes couturières se foutent de nos grandes théories sur le commerce équitable, elles, elles veulent être payées pour leur travail, c’est tout », m’a dit un jour un de mes fournisseurs. Ces dames prenaient mal les vérifications de l’organisme de contrôle: elles avaient le sentiment que c’était elles qu’on surveillait…

La réalité est différente selon chaque pays, et même selon chaque personne. Offrir un prix juste au fournisseur implique une grande quantité de notions complexes, très difficiles à chiffrer et surtout à généraliser. Mais pour répondre à la dame qui me demandait comment être sûr que l’argent leur revient bien, je dirais: en commerce équitable, le préfinancement du prix juste est un principe de base. Les petits producteurs n’ont pas à se demander si l’argent va bien leur revenir: ils l’ont déjà eu depuis longtemps quand l’objet arrive à la vente, et en ont déjà bénéficié par leur travail, ce qui est beaucoup plus valorisant, et les rend beaucoup plus autonomes, que de l’aide internationale qui leur laisse un statut d’assistés.

Poster un commentaire
  1. Isabelle dit :

    Bonjour,
    Si, je suis persuadée que les prix fixés par Max Havelaar sont tout à fait pertinents. Je salue d’ailleurs leur compétence à les fixer avec tous les paramètres à prendre en compte pour y arriver.

  2. belinunda dit :

    C’est vrai que cette notion de prix juste n’est pas évidente. En fait, cela doit permettre au producteur de pouvoir vivre décemment de son travail (nourrir sa famille, envoyer ses enfants à l’école)…
    Il me semble que Max havelaar fixe des prix minimum. Ne sont-ils pas pertinents ?

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Je m'abonne au flux RSS des commentaires de cet article.