Un habitat écologique à un prix accessible, c'est possible. L'exemple de l'immeuble coopératif et écologique de Plan-les-Ouates (Canton de Genève)

Le 21/06/10 par cyrill.e

Je ne sais pas vous mais moi, j’ai toujours rêvé d’habiter une maison ou un appartement écologique. Mais pendant longtemps, ce rêve m’a semblé inaccessible car le nombre de logements écologiques disponible sur le marché est encore peu élevé et le prix des biens immobiliers, écologiques ou non, est souvent exorbitant.

Pourtant, il est possible de passer du rêve à la réalité.

En Suisse, les coopératives d’habitat permettent de sortir des immeubles de la spéculation immobilière en déléguant la construction et la gestion du bien à ses habitants et en louant les appartements à un tarif égal aux coûts réels du logement. Dans certaines villes comme Zurich, près de 20% du parc immobilier est constitué de logements coopératifs.

Mais comment fonctionne un immeuble coopératif  ? Pourquoi mettre en place un tel projet ? Roger Deneys, habitant de l’immeuble coopératif de Plan-les-Ouates nous présente cet habitat solidaire et écologique.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à construire un immeuble coopératif écologique ?

Dans le groupe de futurs habitants de l’immeuble constitué en 2001, il y a avait plusieurs personnes très intéressées par les questions liées à la concrétisation d’une vision écologique globale et cohérente, incluant non seulement les comportements relevant de choix personnels (consommation de produits bio, mobilité écologique, vélo, transports publics), mais aussi de choix collectifs : en rêvant notre futur immeuble, nous avons donc dès le départ intégré les enjeux écologiques comme étant un moyen de vivre encore plus en accord avec nos convictions.

(c) Copyright : Mill'o, Roger Deneys

(c) Copyright : Mill'o, Roger Deneys

Le coût financier du projet a-t-il été plus élevé qu’un projet conventionnel ?

Non. Dans la mesure où notre immeuble était conçu comme faisant partie du dispositif du logement social genevois (plus précisément au sein de cet immeuble, le régime « HM », habitat mixte, qui vise à garantir une mixité sociale au sein de l’immeuble en exigeant que 60% des habitants soient « subventionnables » compte tenu de leurs revenus modestes), il a été construit selon les barèmes en vigueur pour la construction de logements subventionnés et qui ne prévoient pas dérogation pour les immeubles écologiques.

Justement, les matériaux utilisés pour construire la résidence sont-ils écologiques ?

L’immeuble est fabriqué essentiellement en bois et avec des matériaux « les plus écologiques possibles » compte tenu des contraintes financières du système du logement subventionné, notamment en ce qui concerne l’isolation et les peintures. Notre immeuble est labellisé Minergie-ECO.

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(c) Copyright : Mill'o, Roger Deneys

L’immeuble étant labellisé Minergie-eco, cela signifie qu’il est non seulement construit avec des matériaux sains et écologiques mais qu’il consomme peu d’énergie.

En effet, les appartements sont bien isolés et orientés Nord-Sud, avec des baies vitrées plein sud qui permettent de recourir au maximum au chauffage solaire « passif ». Concernant l’électricité, nous avons encouragé – sans contrainte ! – les habitant-e-s à supprimer au maximum les appareils en mode veille, à recourir à des appareils électroménagers les moins gourmands et nous discutons de techniques, appareils, etc. de façon plus ou moins formelle lors de nos réunions. Et le recours à un seul routeur pour l’accès internet de tout l’immeuble contribue aussi à diminuer la consommation électrique. A noter aussi que si chaque appartement est équipé d’au moins un ordinateur, seuls 3 appartements ont la télévision !

Outre le solaire passif, utilisez-vous d’autres énergies renouvelables ?

Notre toit est équipé de panneaux solaires thermiques (eau chaude sanitaire) et photovoltaïques (production d’électricité réinjectée dans le réseau de distribution), notre chaudière fonctionne aux pellets (agglomérés de sciures/copeaux de bois).

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(c) Copyright : Mill'o, Roger Deneys

Quelle proportion de vos besoins énergétiques sont couverts par les énergies renouvelables et plus particulièrement par le solaire thermique et photovoltaïque ?

En été, le 100% des besoins d’eau chaude sanitaire sont couverts par le solaire thermique; en hiver, cela dépend évidemment des conditions météorologiques (température et ensoleillement).
Concernant l’électricité, nous ne sommes pas 100% « autonomes » (env. 66% sauf erreur) mais nous pourrions l’être dans la mesure où des panneaux solaires pourraient encore être ajoutés sur le toit (cela n’avait pas été fait pour des questions de coûts).

Les habitantes et habitants de l’immeuble consomment en moyenne 40% d’eau en moins que ceux de l’agglomération de Genève. Comment avez-vous pu arriver à un tel résultat ?

Comme il ne me semble pas que nous sommes plus sales que les autres habitants de Genève, ce n’est parce que nous nous lavons moins… Mais dans nos comportements individuels nous privilégions les douches aux bains, les WC et robinets sont équipés de dispositifs d’économie.

Les champs magnétiques sont rarement pris en compte dans la construction d’un logement.  Au sein de l’immeuble de Plan-les-Ouates, vous avez porté une réelle attention à cette problématique.

Parmi les initiateurs – et aujourd’hui habitants – du projet, nous comptions un architecte très sensible aux questions de champs magnétiques qui nous a proposé d’équiper les prises électriques de « bio-rupteurs ». Les bio-rupteurs coupent toute alimentation électrique sur les prises lorsqu’aucune veille (standby) n’est active. Nous avons également utilisé des câbles blindés.
En tant qu’informaticien, j’ai également contribué à orienter la réflexion sur les questions liées aux connexions informatiques et notamment au WiFi : tant par application du principe de précaution que par souci d’efficacité et de performance, nous avons équipé chaque appartement d’une prise informatique Ethernet (RJ-45) permettant d’utiliser une seule connexion internet à haut débit (ADSL) pour tout l’immeuble !

On limite souvent les écoquartiers ou l’habitat écologique à des critères environnementaux. Dans le cadre de l’habitat écologique coopératif, il y a vraiment une vision holistique et la volonté d’intégrer des critères sociaux. Comment favorisez-vous le lien social au sein de l’immeuble ?

D’un point de vue architectural, l’immeuble comprend d’une part des espaces prévus pour des usages partagés et notamment :

  • une « salle commune » permettant de réunir l’ensemble des habitant-e-s de l’immeuble et dans laquelle nous organisons non seulement des anniversaires ou autres événements spécifiques à chaque habitant, mais aussi des brunches mensuels ou des ciné-clubs « enfants » ou « adultes ». La salle commune permet également la tenue d’une « cantine » les midis pour plusieurs enfants de l’immeuble;
  • des paliers spacieux, espaces semi-privés, permettant aux voisins directs d’aménager une interface de rencontre plus intime mais qui servent aussi occasionnellement à des événements plus collectifs (p.ex. diffusion des matchs de foot de l’Eurofoot ou du Mondial).
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(c) Copyright : Mill'o, Roger Deneys

Pourquoi avoir réalisé des pièces collectives (chambre d’amis, buanderie) ?

Genève connaît une crise du logement exacerbée depuis de nombreuses années (prix très élevés, disponibilités inexistantes), notamment en raison de l’attractivité de Genève en terme d’emploi et de l’exiguïté relative de son territoire. Les logements sont donc souvent petits ET chers. Une des façons d’économiser l’espace au sein de chaque appartement consiste à collectiviser des espaces qui ne servent pas à plein temps au sein de chaque logement. Ainsi, le besoin d’une chambre d’amis fait souvent partie des envies évoquées tout en étant difficilement réalisable dans la pratique. Ici, la collectivisation d’une telle chambre sur 10 appartements diminue l’effort financier de chacun, tout en limitant l’espace « gaspillé », ce qui rejoint d’ailleurs les considérations écologiques premières, notamment en termes de réduction de l’emprise au sol des constructions.

Concernant la buanderie, la réflexion est identique (mais la pratique est courante en Suisse, y compris au sein d’immeubles locatifs traditionnels) : les appareils électroménagers se « collectivisent » facilement et permettent même des choix d’appareils plus écologiques, tout en faisant économiser de l’espace au sein de chaque appartement.

Comment la buanderie est-elle gérée ?

Au niveau de sa gestion, il y a 2 aspects : les produits et les accès à la buanderie.

  • Concernant les produits et dans notre souci de cohérence globale, l’association achète collectivement tous les produits de lessive – et de ménage – auprès d’un fabricant « écoloqique ». (marque Held, semblable à Ecover) et les met librement à disposition dans la buanderie (ces produits sont d’ailleurs inclus aux charges de la buanderie). Ces achats communs permettent évidemment aussi de diminuer les coûts (volumes plus importants) et les impacts sur l’environnement (livraisons regroupées et « collectives »)
  • Concernant les accès à la buanderie et après avoir envisagé des systèmes plus ou moins « contraignants », nous avons opté pour une première solution ouverte car notre immeuble ne compte que 10 logements, ce qui simplifie aussi les choses : l’accès est libre en permanence, sans planning, sans contrainte.

L’immeuble dispose-t-il d’un jardin ?

Oui. Nous avons réalisé un jardin collectif sur les principes du jardin naturel, en incluant un espace potager essentiellement pour les aspects pédagogiques.

L’espace est divisé en deux parties : d’un côté des plantes aromatiques ou décoratives pour un usage collectif, de l’autre des petites parcelles attribuées à des groupes d’enfants selon des critères qui peuvent varier d’une année à l’autre (fratrie, amitié, volonté de collectivisation ou non, etc.).

(c) Copyright : Mill'o, Roger Deneys

(c) Copyright : Mill'o, Roger Deneys

Comment favorisez-vous la biodiversité au jardin ?

Notre jardin a d’abord été ensemencé par l’herbe de fauche d’une prairie sauvage, ce qui permet de voire se développer des plantes locales et sauvages, ainsi que la microfaune qui leur est associée. Nous avons ensuite planté quelques arbres et arbustes d’espèces indigènes.

Nous ne recourons à aucun engrais ni produits de synthèse, nous recourons à des graines et des semis « bios », nous ne procédons à aucune fauche précoce afin de laisser le temps à la microfaune de se développer. Nous fauchons certaines partie du jardin à la faux.

Pour terminer, vous sentez-vous bien dans l’immeuble de Plan-les-Ouates ? La vie y est-elle agréable et confortable ?

La vie au sein de cet immeuble est extrêmement agréable et confortable, tant par le cadre de vie qu’il procure que par les interactions qu’il permet entre habitants. Même si certains habitants sont moins participatifs et collectifs que d’autres, un véritable réseau de solidarité s’est créé entre une grande majorité d’habitants, allant de la « gestion » des enfants au partage des voitures, en passant par les loisirs communs (week-end, vacances, etc.).

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(c) Copyright : Mill'o, Roger Deneys

Un grand merci à Roger Deneys pour avoir pris le temps de répondre à mes questions 🙂

Plus d’informations sur : www.amillo.ch

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  1. michel dit :

    c’est magnifique, l’immeuble est splendide

  2. Maxime59370 dit :

     Bonjour Cyrille 
    Merci de cette précision, il est vrai que je n’ai jamais pu observer une solidarité aussi poussée mis à part dans des milieux associatifs.
    Finalement c’est un peu comme pousser son quartier à collaborer dans des actions collectives, ce qui n’est  pas irréalisable avec du temps disponible 😉
     
     

  3. cyrille dit :

    Bonjour Maxime,

    effectivement, les ecoquartiers ou les immeubles écologiques existent en France. Ils peuvent être soumis à la spéculation immobilière quand ils sont proposés par des structures privées, ou encore gérés majoritairement par des structures externes aux habitants comme des organismes d’habitations à loyer modéré.

    L’habitat coopératif écologique n’existe, par contre, pas encore. A la différence des exemples cités précédemment, dans ce type d’habitat, le logement est imaginé et géré par un groupe de citoyen.

    C’est par la mise en commun de ressources financières et par la participation active des habitants que la coopérative réalise ses projets.
    L’autogestion des immeubles permet aux habitants de définir un cadre de vie plus proche de leurs aspirations, modulable au gré de leurs besoins et de :
    – sortir des immeubles du marché immobilier
    – les remettre en gestion aux habitants sous forme de bail associatif
    – garantir aux habitants un loyer correspondant aux coûts réels de l’immeuble.

  4. Maxime59370 dit :

    Sinon je voulais remercier Roger de nous faire partager son expérience. Vous faites des envieux chez les français 😉

  5. Maxime59370 dit :

    Les écoquartiers existent bien en France puisque j’ai vu une émission qui en parlait récemment. D’ailleurs dans cette émission, j’ai vu beaucoup de points communs avec l’expérience de Roger. De la mixité sociale, des espaces collectifs, de la solidarité&nbsp. Bref sinon il suffit de taper écoquartier et france pour trouver de nombreux projets d’écoquartiers, principalement dans des grandes villes pour le moment.

  6. Julien dit :

    Je confirme qu’effectivement, nous avons beaucoup tendance en Suisse à faire du "co-machine à laver". Un bon point ici est qu’il n’y a pas d’horaire fixes, ce qui n’est pas le cas partout. J’ai une collègue dont l’heure de lessive est le vendredi de 08h00 à 10h00. Pas évident quand on travaille à 100%…et ça incite à prendre sa propre petite machine!
    Je connaissais ce projet de nom (et parce que j’habite à une vingtaine de km!), mais c’est très intéressant de lire un tel retour d’expérience! Merci à Cyrille et à Roger Deneys!

  7. Anissina dit :

    Pardon je n’avais effectivement pas fait attention que c’était en suisse 😉
    En France ça n’existe pas et je sais que les suisses ont une longueur d’avance sur nous tout comme les allemands 😉

  8. roger deneys dit :

    @ Anissina : nord-américain ? pas spécialement. En Suisse, où le taux de propriété des logements (maisons, villas ou appartements) est assez faible, la buanderie commune est très répandue, même si généralement les petites machines à laver individuelles sont aussi tolérées. Ici, à Mill’o, nous avons par contre réfléchi ensemble et décidé de ne pas accepter de machines à laver individuelles dans les appartements.
    Faut-il bien s’entendre ? Pour la lessive, il faut surtout ne pas être trop divergent quant aux standards d’hygiène et de propreté que l’on souhaite voir appliquer… Comme je lis – par hasard – actuellement le livre de Jean-Claude Kaufmann "La trame conjugale, analyse du couple par son linge", je pense aussi que, comme dans un couple, la vie collective pousse à définir des standards plus exigeants que ce que chacun de nous pourrait vivre dans son intimité.
    Donc il faut surtout aussi une bonne dose de tolérance…
     

  9. Anissina dit :

    Par contre il faut bien s’entendre parce que pour l’avoir vécu, la cohabitation peut s’avérer parfois difficile 😉

  10. Anissina dit :

    Superbe témoignage, merci beaucoup !!!
    Si je ne me trompe, c’est basé sur le modèle Nord-américain… La buanderie commune  😉

  11. cyrille dit :

    Un GRAND MERCI a Roger Deneys qui a pris le temps de répondre à mes questions 🙂

    Sincèrement, cet immeuble ressemble à l’immeuble idéal et j’espère que ce genre d’initiative va essaimer un peu partout.

    S’il n’y a pas encore d’immeuble coopératif en France, il existe dorénavant de nombreux projets de ce type.

    Et même pour les immeubles « non coopératif », j’aime beaucoup l’idée de cette buanderie commune. C’est vrai, pas besoin d’avoir une machine à laver par appartement, c’est écologique (moins de machine à construire, de la surface gagnée) et en mutualisant les coûts on réalise de sacrées économies.

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